mai-juin

26 mai au 24 juin

Charles Payan

 

Les dispositifs vidéographiques de Charles Payan ont donc la particularité de provoquer l’arrêt de tout processus d’identification et de nominalisation (propre à l’humanisme ou à la croyance) pour le remplacer par une façon mallarméenne ou beckettienne d’effacement des traces afin de créer des fissures (euphémisme) irrémédiables dans ce qu’il en est de nous par divers processus d’évidement. Le beau devient ce moment de crise, cette matérialisation particulière qui concrétise  par le vide un mouvement simultané d’assemblage et de désassemblage. Il signale cet état critique - état de quasi inexistence - par lequel les modalités de représentation de l’être s’agrègent et se désagrègent, se cadrent et se décadrent. Ce beau - qui à l’instar de Dominique Fourcade dans Xbo, (P.O.L., 1988) - il faudrait peut-être appeler « bo » (bruit mat, insignifiant, primaire - à un moment où l’on revient à la lecture syllabique ) afin de ne pas le confondre  avec la façon dont on conçoit le concept tel qu’il est communément entendu. En effet la vidéo chez Payan n’est plus photographie du réel (neos, reproduction) mais poème brut et mat.

Feinte d’incarnation et détour sont les deux opérations conjointes de l’image chez Payan. Entendons par là ce qu’il l’a fait accéder au statut de lieu où le visible transfiguré, transformé est livré au vertige virtuel comme l’être lui-même est offert à ce trauma perceptif là où d’une certaine façon celui-là est retourné comme un gant. La réversion est pour l’artiste une question de seuil. Un seuil qui se chantourne sur lui-même : non seulement un dedans touche un dehors, mais le dehors est aussi une feinte.

La question n’est  pas « ce qui se montre » mais « ce qui montre ». La question n’est pas non plus celle du rapport de l’artiste à lui-même (comment il est dans sa création) mais comment ses œuvres sont nées. Créer n’est ni tout à fait un état de rêverie ni tout à fait un état de nature. Si rêverie il y a c’est au sens où l’entendait Rousseau : derrière ses recherches (promenades solitaires d’un insomniaque rêveur) Payan laisse émerger plus que des paysages connus de la région humaine : le devenir brut et minimal de ce qui existera mais qui jusqu’au moment où l’artiste passe à l’acte lui échappe. Et soudain quelque chose bouge.

J.P. Gavard Perret

 

Extrait de : Jean-Paul Gavard-Perret, Le Bo --  Installations et vidéos de Charles Payan,

Turbulence vidéo, n°70 janvier 2011, pp.84-86

 

 

 

Charles Payan, L'oppressante légèreté